Auteur, metteur en scène
Conceptrice d’événements

Mon artiste

Tu es si mal, la peur au ventre,
Figé par ta souffrance,
Tu fais les cent pas,
Tu marches vite, parfois tu t’assois,
Et tu te relèves, tu continues,
Tu marches, tu ne sais pas si tu y vas.
Tu veux tout arrêter, tu n’en peux plus
Tu te concentres, tu as tout oublié,
Et soudain, ton nom résonne dans la salle, on vient tout juste de t’annoncer,
Ton cœur s’est tellement resserré, qu’à peine, il laisse de l’air passer
Tu cours vers la scène, comme un élan, une dernière volonté,
Seul contre tous, à chaque fois, où trouves-tu cette force d’y aller ?

Ébloui, abasourdi, tu luttes et tu te bats,
Exposé seul face à tous
Et tu les prends doucement, tu les apprivoises, ils t’observent,
Tu te hisses dans leur imaginaire,
Et enfin naît ta jouissance, ton bonheur immense,
La chaleur monte en toi
Et puis, tu les attrapes, tu les tiens, tu les fais vibrer.
Ils n’avaient plus le droit depuis longtemps,
De rire autant sans rien comprendre !
Tu les surprends et tu les aimes.
Et tu leur donnes et eux ils prennent.
Sous la neige ou dans les airs,
Tu les mènes dans ton univers,

Tu plonges dans leur âme qu’ils ont ouverte pour toi
Tu touches les entrailles d’une enfance presque effacée,
Blottie dans un coin, et un peu oubliée
Tu les fais rêver, tu leur fais croire
Avec quelle subtilité, tout ce qu’ils sont en train de voir
Tu défies les lois universelles, tu bouscules les certitudes,
tu fais voler en éclats l’élémentaire vérité
Et ça y est, tu es bien, tu goûtes ces instants, tu te remplis de tout,
De leurs regards, de ces yeux de grands
Qui n’ont rien compris du tout

Et ils explosent de t’applaudir,
Encore, un petit plaisir, ils en veulent juste un dernier
J’aime ton humilité, ta gêne,
Tu voudrais pouvoir apprécier,
Mais ça t’étourdit, tu es trop ému même,
Si tu fais semblant de jouer,
De rire, d’ironiser sous des confettis que tu t’amuses à lancer
Mais en secret, chaque bruit de main qui claque
Glisse dans ton oreille comme un nectar de douceur
Et reviendra en secret te rappeler ce bonheur
Quand tu seras à nouveau égaré dans ta peur, envahi par le trac

Et quand tu sors de scène, dans la pénombre,
Tu es prêt à te briser,
Tu faiblis et tu t’effondres
Ruisselant de bonheur, les mains tremblantes d’avoir tant donné
Je te recueille mon amour,
Je suis à toi, tu le sais
Et je réponds à ton regard inquiet, qui ose me questionner
Et me demander sans fausse pudeur : est-ce que tu crois que Ça a bien marché ?
Et quand dans la salle il n’y a plus rien,
Quand tes gestes enfin me reviennent
J’aime quand tes mains à nouveau m’appartiennent.

Katell Sevestre
25 janvier 2003

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